La vision géopolitique de François Bayrou : le syndrome de Copenhague

Hier, François Bayrou s’est exprimé sur RFI-TV5 Monde, occasion pour lui de donner sa vision du sommet de Copenhague et plus encore, sa vision géopolitique du monde. 

 

Curieusement, l’AFP a semble-t-il retenu essentiellement trois points de cette interview : l’expulsion des Afghans qui n’honore pas la France, ses réserves sur l’intérêt d’une loi contre le voile intégral (ne voulant pas stigmatiser une tenue assimilée à une religion mais plutôt rappeler que notre société a le principe du « visage découvert ») et enfin sa qualification de « caricatural » concernant le débat sur l’identité nationale, estimant qu’il cherchait à « exploiter un certain nombre de peurs de l’opinion publique » (même si le sujet n’est pas sans intérêt, notamment débattre des valeurs de la république de liberté, égalité, fraternité, sans oublier la laïcité, ainsi que de la définition de la « Nation »).

 

Cependant, il s’est aussi exprimé d’une manière très profonde et avec une grande vision du monde, au sujet du sommet de Copenhague et je regrette vivement que ces points n’aient pas été plus commentés, car j’aurais attendu de tous les autres hommes politiques impliqués, notamment lors de la préparation du sommet, une telle vision.

 

Copenhague a été un petit pas positif dans la mesure où le monde reconnaît officiellement la participation des activités humaines au réchauffement climatique et l’affirmation des intentions de tous les pays de faire un effort, de contenir la hausse de température à 2°C.

Cependant, ce sommet a surtout été un tapage médiatique, une « mise en scène », affichant de bonnes intentions et révélant aussi une grande confusion, où certains se sont mis en avant avec un affichage de bonnes intentions, pour un effet très décevant, sans engagements contraignants pour les pays industrialisés et sans garanties de ces mêmes pays à l’égard des pays les plus pauvres qui subissent en première ligne le réchauffement climatique (alors que les accords du Millénaire qui les engageaient à octroyer 0,7% du PIB aux pays pauvres n’est même pas respecté), sans système fiable de mesure des efforts entrepris. Les ONG ont été laissées de côté, ignorées, et l’Europe paraît marginalisée, absente dans la dernière ligne droite des négociations, incapable de s’exprimer d’une seule voix pour peser et donc changer le cours des choses.

 

Face à ce constat, François Bayrou a très justement rappelé que d’autres fléaux tout aussi importants devraient être traités aussi au niveau mondial, comme l’accès à l’eau, la faim, les autres types de pollution et notamment les déchets, les migrations humaines, l’accès à la santé et aux médicaments.

 

Il a aussi fait part d’une vision relative des émissions CO2/habitant, qui sont de 21 t pour les Etats-Unis, 6 pour la France, 4 pour la Chine et inférieure à 1 pour les pays d’Afrique. Même si, en valeur absolue des émissions, la Chine a finalement dépassé les Etats-Unis plus tôt que prévu,  ses émissions restent encore deux fois moindres par habitant que celles d’un Français moyen et 7 fois moins importantes qu’un américain moyen ! Remarquons que les Etats-Unis et l’Europe totalisent à eux seuls près de 60% des émissions contre moins de 8% pour la Chine. Les négociations préalables auraient dû tenir compte de ces chiffres dans les objectifs à cibler. Il était évident qu’un objectif de réduction de 20% sur des chiffres exprimés en valeur absolue appliquée à tous pays qui ne partent pas du même niveau de développement paraît injuste et trop difficile à atteindre pour les pays émergents. Il faut aussi planifier progressivement dans le temps et de manière réaliste l’atteinte des cibles visées.

 

Par ailleurs François Bayrou a aussi dit des choses très intéressantes sur sa vision géopolitique de la gouvernance mondiale, qu’il serait préférable d’organiser par pôles régionaux qui parlent chacun d’une seule voix dans un monde devenu multipolaire (Amérique latine, Afrique, Pays d’Asie du Sud Est, Europe, face à la Chine et aux Etats-Unis) plutôt que celle de la domination du monde par les plus fortes puissances économiques de certains pays.

 

Il a raison et cela sonne comme une évidence. Une représentation plus équilibrée et ainsi plus concentrée au travers de pôles régionaux dans les ONG, l’ONU, la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, le BIT etc. (impossible de négocier ainsi à 130 pays !) et la vision transversale des problèmes inter-ONG (prise en compte de normes environnementale, éthique et sociale dans les négociations de l’OMC par exemple) permettraient de mieux conduire ces sujets mondiaux.

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