Voeux 2010 : oui, un autre monde est possible !

Oui un autre monde est possible, si on résiste à celui qu’on ne veut plus, si chacun y met du sien. C’est ce que François Bayrou nous souhaite en nous rappelant à l’essentiel, en priorisant le souci des générations futures dans toutes nos décisions, de l’égalité des chances, de la résistance à la globalisation telle qu’elle va aujourd’hui, de la solidarité, vertu la plus importante, et enfin « Retrouver l’optimisme, savoir qu’une autre politique est possible, la définir et la défendre et ne pas se laisser décourager ».

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Pour compléter ces voeux de François Bayrou, voici les conclusions et les principales leçons que je tire de ces dernières années :

L’année 2009 marque la fin d’une décennie qui, au début de ce 3ème millénaire, a fait prendre conscience aux peuples du monde et à leurs dirigeants :

– de l’inéluctable et incontrôlable globalisation dans un monde insuffisamment régulé, mal coordonné par des Etats et des organismes internationaux devenus impuissants, face aux pouvoirs financiers, aux organisations mafieuses et terroristes, ainsi qu’aux tyrannies,

– d’un monde où règne la loi du plus fort et où les inégalités ne cessent de croître, entre pays riches et pays pauvres ainsi qu’au sein des pays riches ou pauvres,

– de la menace imminente de la survie de la planète, de la biodiversité des espèces et de l’homme lui-même, par le réchauffement climatique et la pollution, si l’ensemble de l’humanité ne prend pas dès maintenant des dispositions drastiques visant à changer ses comportements de consommation et les modes de production.

Les causes de ces maux sont intrinsèques au modèle de nos sociétés occidentales, que nous avons transmis aussi aux pays émergents, valorisant la recherche du profit individuel à court terme, la recherche du bien-être au travers de la richesse matérielle et du divertissement, dans un contexte d’économie de marché où le plus fort gagne au détriment du plus faible, ou la compétitivité est préférée à la coopération et à la solidarité, inscrivant même ces principes de fonctionnement dans des normes de négociation au sein de l’OMC et de l’Union européenne.

Ainsi, la visée de la somme d’une maximisation des intérêts individuels à court terme n’a pas optimisé l’intérêt général à long terme et l’a au contraire mis à mal. La croissance économique, que l’on croyait être source de progrès pour l’humanité, qui devait « retomber en pluie » et bénéficier à tous, était basée sur une illusion et s’est avérée bénéficier essentiellement à quelques uns devenus richissimes, au détriment des autres, au prix d’une stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, particulièrement au sein des populations défavorisées. La grande pauvreté s’est accrue dans le monde, la famine aussi. Si le libre marché dans un contexte mondialisé et dérégulé a favorisé d’une part la sortie de l’extrême pauvreté d’une partie de la population de pays émergents ainsi que d’autre part, pour le bénéfice des consommateurs de pays riches, la baisse de prix de certains biens fabriqués dans des pays à main d’œuvre bon marché, il a en même temps ruiné une grande part de l’activité industrielle de ces mêmes pays riches par l’effet des délocalisations, accroissant le chômage et la pression sur les salaires dans ces mêmes pays, sans pour autant procurer un pouvoir d’achat, un bien-être et une protection sociale aux salariés des pays émergents, qui soit à la hauteur même relative de ceux des pays riches. L’essentiel de l’accroissement de la richesse, de la valeur ajoutée, a été captée par le capital plutôt que par une valorisation des salaires, par une minorité constituée d’actionnaires des entreprises, soit directs (grosses fortunes devenues héréditaires et bénéficiant des avantages des paradis fiscaux) soit indirects via les fonds de pension destinés à rémunérer des rentes et des retraites par capitalisation. De surcroît, ce fonctionnement est destructeur de l’environnement.

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Dans ce contexte, la récente prise de conscience est salutaire et mobilisatrice. Mais au-delà des vœux pieux des différents sommets internationaux, les actions peinent à se concrétiser, comme l’ont démontré la non réalisation des objectifs du Millénaire en 2000 (notamment consécration de 0,7% du PIB des pays riches à l’aide au développement, réduction de la moitié de la pauvreté dans le monde) ou encore l’échec récent du sommet de Copenhague. Les dirigeants des pays occidentaux sont pris en étau entre d’un côté le désir de répondre à des obligations d’intérêt général, à la volonté générale de leur population à prendre des dispositions vertueuses pour réguler la planète, changer les comportements de consommation, assurer plus de solidarité, et de l’autre côté un manque de moyens nécessités par de nouveaux investissements, l’impossibilité d’accentuer une pression fiscale ou une dette publique déjà trop importante, ainsi qu’une forte hésitation à adopter un comportement plus vertueux avant les autres pays en terme de régulation et de normes sociales ou environnementales, au risque de voir fuir les entreprises et donc les emplois.

Durant toute dette dernière décennie et même pendant les trente dernières années, (depuis les années 1980), les gouvernements de droite comme de gauche ont été impuissants à résoudre ces problèmes d’environnement et d’inégalités sociales, à éradiquer la pauvreté et la précarité. Une forme de désespoir et de renoncement s’est emparé des populations, expliquant un désintérêt croissant pour la politique, voire un écoeurement, et un abstentionnisme électoral croissant dans les démocraties, notamment en France. Or, une démocratie où le peuple ne vote plus et ne prend plus ses responsabilités, ou encore une démocratie où le citoyen vote sans conscience, manipulé par les médias, ou à la « note de gueule », sans réfléchir vraiment au sens et aux conséquences de son vote, comme dans une pseudo démocratie de certains pays où le vote est truqué, ce n’est plus une démocratie de fait.

Lors des dernières élections en 2009, les écologistes ont bénéficié à la fois d’un positionnement en marge des partis traditionnels et d’un engouement pour la cause environnementale, ou plutôt, vu sous un angle psychologique, d’un besoin de déculpabilisation des citoyens face aux problèmes du réchauffement climatique et de la pollution. Mais une politique de décroissance et d’austérité, de préservation de la nature au détriment de l’homme, sans résoudre le problème des emplois, de la précarité, de baisse du niveau de vie, n’est-elle pas vouée à l’échec ? De même qu’une vision angélique ou irréaliste d’une application autoritaire de la solidarité et de l’orientation des investissements par un rôle accru du pouvoir central et redistributeur de l’Etat associé à une ponction fiscale importante, sur les entreprises ou sur les actionnaires des entreprises, ne risque-t-elle pas de nuire à la créativité, au développement de l’activité économique et à la responsabilité personnelle des citoyens ?

Mais le pire serait de continuer comme aujourd’hui, de mentir aux citoyens en leur laissant croire par l’affichage de vœux pieux que l’on fait quelque chose, que l’on a su contenir le réchauffement climatique, les inégalités, l’immigration, la délinquance, la crise financière et économique, que l’on a éradiqué les paradis fiscaux, … , de continuer à vivre à crédit au dépens des générations futures, d’accepter que soient bafouées les valeurs de la république, que le parlement et l’indépendance de la justice ne soient plus respectés, que les abus de pouvoirs croissants imposent leur loi, qu’un pouvoir toujours plus autoritaire et centralisateur paraisse rassurant et protecteur dans ce contexte d’inquiétude.

Si la prise de conscience de l’intérêt général passe par une mise sous contrainte des aspirations individuelles (baisse de consommation, du confort matériel, contribution supérieure à la solidarité …), elle sera à tout le moins plus acceptable si les individus sont intimement convaincus et motivés par les valeurs altruistes et humanistes de solidarité, de respect, de partage, que s’ils continuent à viser en priorité des valeurs individualistes et matérialistes, un profit financier à court terme, un confort matériel et à oublier le reste, leurs responsabilités et la conscience d’un monde menaçant, par refuge dans le jeux et le divertissement. Il faut trouver un juste équilibre entre la priorité environnementale, un développement humain et solidaire, favoriser la création, tout en retrouvant les valeurs essentielles, fondamentales, du vivre ensemble et en reprenant conscience et responsabilité.

Souhaitons donc pour 2010 de nos gouvernants une exigence de vérité et de transparence, des actions concrètes plutôt que des vœux pieux ou des effets d’annonce, marquant le respect des valeurs fondamentales de notre république, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, plus de justice sociale, notamment plus de garantie d’égalité des chances. Souhaitons leur aussi de manifester plus de démocratie en respectant mieux la séparation des pouvoirs non seulement entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais également médiatique et financier. Et plus d’humanité dans le traitement des sans-papiers, des migrants et de leur famille, des prisons, des exclus, des agriculteurs et des pêcheurs, comme dans l’urbanisation des villes et la désertification des campagnes.

Souhaitons aussi de la part des citoyens, des Français comme des autres Européens, une meilleure prise de conscience individuelle de l’importance de leur vigilance et de leur vote, de leurs actions personnelles, de leur implication à la fois dans la vie civile, associative, et politique.

Oui, un autre monde est possible !

Bonne année 2010 !

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