Alain Dolium, une génération gagnante en marche (version slam)

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Ma région que j’aime, celle du MoDem (slam)

Ma Région, je l’aimeAlainDolium

     (Marie-Anne Kraft, 24 II 2010)

 

Ma Région je l’aime

Quand elle est humaine,

Quand elle donne envie

De vivre sa vie,

De faire des projets

Où les gens âgés

Comme les plus jeunes

Ont le goût du fun

Et de vivre ensemble.

Plus ces grands ensembles,

Barres bétonnées,

Paysages laids,

Où ils ont parqué,

Loin des coins friqués,

Pauvres oubliés,

Défavorisés.

Plus ces univers

Concentrationnaires,

Les hypermarchés

Loin de nos quartiers,

Et les cinémas

Tous loin de chez moi,

Centre commercial

Une immense halle,

Galeries marchandes,

La foule chalande.

Entreprises à l’Ouest,

Logements à l’Est,

Et ces grands lycées

Sans sécurité.

Même des endroits

Zones de non droit,

Très mal desservis

En friche et sans vie.

Pour relier ces lieux

Eloignés entre eux,

Est-il nécessaire

De se satisfaire

De certains transports

Pas top en confort,

Ponctualité,

Ni sécurité ?

 

(Refrain) :

Alors …

Pour une Région humaine,

Une bouffée d’oxygène,

Qu’ l’élection soit pas vaine !

Ose ce qui démode, aime !

Mise sur des mots d’M !

Modémise sur ces thèmes !

 

Gardons des quartiers

De proximité,

A l’échelle humaine,

Une vie plus saine,

Des petits commerces

Où le lien s’exerce

Entre jeunes et vieux,

Et des PME,

De l’artisanat,

Qui font de l’emploi.

Il nous faut viser

Une égalité

Des chances scolaires,

Pas des mots en l’air.

20000 logements

Pour les étudiants

Ou les apprentis,

Et les sans-abri.

Pour attribuer

En priorité

Certains logements

Réputés vacants :

Que Région applique

Un guichet unique !

15000 places en crèche

Et qu’on se dépêche

A bien prendre en main

Transports en commun,

Notre vraie galère,

Celle du RER !

1000 bus en banlieue

Pour relier des lieux

Presque abandonnés

Ou désertifiés.

Droit à la santé

A proximité,

A l’accès aux soins

Sans aller très loin.

Et pas de gâchis

De nos énergies :

Des panneaux solaires,

Plus ces vielles chaudières !

 

(Refrain) :

Alors …

Pour une Région humaine,

Une bouffée d’oxygène,

Qu’ l’élection soit pas vaine !

Ose ce qui démode, aime !

Mise sur des mots d’M !

Modémise sur ces thèmes !

 

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Voeux 2010 : oui, un autre monde est possible !

Oui un autre monde est possible, si on résiste à celui qu’on ne veut plus, si chacun y met du sien. C’est ce que François Bayrou nous souhaite en nous rappelant à l’essentiel, en priorisant le souci des générations futures dans toutes nos décisions, de l’égalité des chances, de la résistance à la globalisation telle qu’elle va aujourd’hui, de la solidarité, vertu la plus importante, et enfin « Retrouver l’optimisme, savoir qu’une autre politique est possible, la définir et la défendre et ne pas se laisser décourager ».

http://www.dailymotion.com/video/xboyxy

Pour compléter ces voeux de François Bayrou, voici les conclusions et les principales leçons que je tire de ces dernières années :

L’année 2009 marque la fin d’une décennie qui, au début de ce 3ème millénaire, a fait prendre conscience aux peuples du monde et à leurs dirigeants :

– de l’inéluctable et incontrôlable globalisation dans un monde insuffisamment régulé, mal coordonné par des Etats et des organismes internationaux devenus impuissants, face aux pouvoirs financiers, aux organisations mafieuses et terroristes, ainsi qu’aux tyrannies,

– d’un monde où règne la loi du plus fort et où les inégalités ne cessent de croître, entre pays riches et pays pauvres ainsi qu’au sein des pays riches ou pauvres,

– de la menace imminente de la survie de la planète, de la biodiversité des espèces et de l’homme lui-même, par le réchauffement climatique et la pollution, si l’ensemble de l’humanité ne prend pas dès maintenant des dispositions drastiques visant à changer ses comportements de consommation et les modes de production.

Les causes de ces maux sont intrinsèques au modèle de nos sociétés occidentales, que nous avons transmis aussi aux pays émergents, valorisant la recherche du profit individuel à court terme, la recherche du bien-être au travers de la richesse matérielle et du divertissement, dans un contexte d’économie de marché où le plus fort gagne au détriment du plus faible, ou la compétitivité est préférée à la coopération et à la solidarité, inscrivant même ces principes de fonctionnement dans des normes de négociation au sein de l’OMC et de l’Union européenne.

Ainsi, la visée de la somme d’une maximisation des intérêts individuels à court terme n’a pas optimisé l’intérêt général à long terme et l’a au contraire mis à mal. La croissance économique, que l’on croyait être source de progrès pour l’humanité, qui devait « retomber en pluie » et bénéficier à tous, était basée sur une illusion et s’est avérée bénéficier essentiellement à quelques uns devenus richissimes, au détriment des autres, au prix d’une stagnation des salaires et du pouvoir d’achat, particulièrement au sein des populations défavorisées. La grande pauvreté s’est accrue dans le monde, la famine aussi. Si le libre marché dans un contexte mondialisé et dérégulé a favorisé d’une part la sortie de l’extrême pauvreté d’une partie de la population de pays émergents ainsi que d’autre part, pour le bénéfice des consommateurs de pays riches, la baisse de prix de certains biens fabriqués dans des pays à main d’œuvre bon marché, il a en même temps ruiné une grande part de l’activité industrielle de ces mêmes pays riches par l’effet des délocalisations, accroissant le chômage et la pression sur les salaires dans ces mêmes pays, sans pour autant procurer un pouvoir d’achat, un bien-être et une protection sociale aux salariés des pays émergents, qui soit à la hauteur même relative de ceux des pays riches. L’essentiel de l’accroissement de la richesse, de la valeur ajoutée, a été captée par le capital plutôt que par une valorisation des salaires, par une minorité constituée d’actionnaires des entreprises, soit directs (grosses fortunes devenues héréditaires et bénéficiant des avantages des paradis fiscaux) soit indirects via les fonds de pension destinés à rémunérer des rentes et des retraites par capitalisation. De surcroît, ce fonctionnement est destructeur de l’environnement.

mak

Dans ce contexte, la récente prise de conscience est salutaire et mobilisatrice. Mais au-delà des vœux pieux des différents sommets internationaux, les actions peinent à se concrétiser, comme l’ont démontré la non réalisation des objectifs du Millénaire en 2000 (notamment consécration de 0,7% du PIB des pays riches à l’aide au développement, réduction de la moitié de la pauvreté dans le monde) ou encore l’échec récent du sommet de Copenhague. Les dirigeants des pays occidentaux sont pris en étau entre d’un côté le désir de répondre à des obligations d’intérêt général, à la volonté générale de leur population à prendre des dispositions vertueuses pour réguler la planète, changer les comportements de consommation, assurer plus de solidarité, et de l’autre côté un manque de moyens nécessités par de nouveaux investissements, l’impossibilité d’accentuer une pression fiscale ou une dette publique déjà trop importante, ainsi qu’une forte hésitation à adopter un comportement plus vertueux avant les autres pays en terme de régulation et de normes sociales ou environnementales, au risque de voir fuir les entreprises et donc les emplois.

Durant toute dette dernière décennie et même pendant les trente dernières années, (depuis les années 1980), les gouvernements de droite comme de gauche ont été impuissants à résoudre ces problèmes d’environnement et d’inégalités sociales, à éradiquer la pauvreté et la précarité. Une forme de désespoir et de renoncement s’est emparé des populations, expliquant un désintérêt croissant pour la politique, voire un écoeurement, et un abstentionnisme électoral croissant dans les démocraties, notamment en France. Or, une démocratie où le peuple ne vote plus et ne prend plus ses responsabilités, ou encore une démocratie où le citoyen vote sans conscience, manipulé par les médias, ou à la « note de gueule », sans réfléchir vraiment au sens et aux conséquences de son vote, comme dans une pseudo démocratie de certains pays où le vote est truqué, ce n’est plus une démocratie de fait.

Lors des dernières élections en 2009, les écologistes ont bénéficié à la fois d’un positionnement en marge des partis traditionnels et d’un engouement pour la cause environnementale, ou plutôt, vu sous un angle psychologique, d’un besoin de déculpabilisation des citoyens face aux problèmes du réchauffement climatique et de la pollution. Mais une politique de décroissance et d’austérité, de préservation de la nature au détriment de l’homme, sans résoudre le problème des emplois, de la précarité, de baisse du niveau de vie, n’est-elle pas vouée à l’échec ? De même qu’une vision angélique ou irréaliste d’une application autoritaire de la solidarité et de l’orientation des investissements par un rôle accru du pouvoir central et redistributeur de l’Etat associé à une ponction fiscale importante, sur les entreprises ou sur les actionnaires des entreprises, ne risque-t-elle pas de nuire à la créativité, au développement de l’activité économique et à la responsabilité personnelle des citoyens ?

Mais le pire serait de continuer comme aujourd’hui, de mentir aux citoyens en leur laissant croire par l’affichage de vœux pieux que l’on fait quelque chose, que l’on a su contenir le réchauffement climatique, les inégalités, l’immigration, la délinquance, la crise financière et économique, que l’on a éradiqué les paradis fiscaux, … , de continuer à vivre à crédit au dépens des générations futures, d’accepter que soient bafouées les valeurs de la république, que le parlement et l’indépendance de la justice ne soient plus respectés, que les abus de pouvoirs croissants imposent leur loi, qu’un pouvoir toujours plus autoritaire et centralisateur paraisse rassurant et protecteur dans ce contexte d’inquiétude.

Si la prise de conscience de l’intérêt général passe par une mise sous contrainte des aspirations individuelles (baisse de consommation, du confort matériel, contribution supérieure à la solidarité …), elle sera à tout le moins plus acceptable si les individus sont intimement convaincus et motivés par les valeurs altruistes et humanistes de solidarité, de respect, de partage, que s’ils continuent à viser en priorité des valeurs individualistes et matérialistes, un profit financier à court terme, un confort matériel et à oublier le reste, leurs responsabilités et la conscience d’un monde menaçant, par refuge dans le jeux et le divertissement. Il faut trouver un juste équilibre entre la priorité environnementale, un développement humain et solidaire, favoriser la création, tout en retrouvant les valeurs essentielles, fondamentales, du vivre ensemble et en reprenant conscience et responsabilité.

Souhaitons donc pour 2010 de nos gouvernants une exigence de vérité et de transparence, des actions concrètes plutôt que des vœux pieux ou des effets d’annonce, marquant le respect des valeurs fondamentales de notre république, de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, plus de justice sociale, notamment plus de garantie d’égalité des chances. Souhaitons leur aussi de manifester plus de démocratie en respectant mieux la séparation des pouvoirs non seulement entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, mais également médiatique et financier. Et plus d’humanité dans le traitement des sans-papiers, des migrants et de leur famille, des prisons, des exclus, des agriculteurs et des pêcheurs, comme dans l’urbanisation des villes et la désertification des campagnes.

Souhaitons aussi de la part des citoyens, des Français comme des autres Européens, une meilleure prise de conscience individuelle de l’importance de leur vigilance et de leur vote, de leurs actions personnelles, de leur implication à la fois dans la vie civile, associative, et politique.

Oui, un autre monde est possible !

Bonne année 2010 !

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Le verlan, une tradition bien française (réponse à Nadine Morano)

Par Jean-Michel Cadiot*

Nous sommes en plein coeur d’un « débat », nauséeux, sur l’identité française, qui ne peut qu’énoncer de vagues et inutiles définitions opposant certaines personnes ou certaines catégories à d’autres, et procéder à des amalgames et des anathèmes, une aubaine politique pour le Front national. Car les diatribes sans retenues sur la toile se concentrent sur l’Islam, plus exactement s’adonnent à l’islamophobie. Deux saines réactions, le 21 décembre, Alain Juppé constate qu’il « y a un risque, quand vous entendez certaines déclarations, vous vous dites qu’il y a un risque et je crois qu’il ne faut pas prendre ce risque, il faut tout faire pour essayer au contraire de favoriser le dialogue, la compréhension mutuelle ».

 Pour lui, la véritable question est de savoir si « oui ou non nous sommes prêts à continuer à assumer cette tradition (d’accueil, ndlr) et en particulier vis-à-vis de la communauté musulmane. Et moi, naturellement je réponds oui à cette question ».
 « A partir du moment où on a en France des musulmans qui parfois sont nés sur le sol national, Français par naissance qui appartiennent à des familles parfaitement intégrées, au nom de quoi les stigmatiserait-on et leur refuserait-on le droit d’exercer leur religion ? », s’est-il interrogé.
 Et il y a François Bayrou : « L’identité de la France ne serait pas ce qu’elle est si nous ne respections pas les valeurs républicaines qui ont fait de nous un peuple de citoyens. La République, c’est un projet en soi et pas seulement un slogan au fronton des édifices publics », a-t-il dit le 6 décembre à Arras. « Liberté, égalité, fraternité, à l’intérieur de nos frontières et dans le monde, tel est le projet de la République française. Et chaque fois que nous y manquons, et spécialement chaque fois que le président de la République y a manqué, il a porté atteinte à l’identité nationale française », a-t-il ajouté.
 
 Dans ce contexte, une ministre, très bon chic, très bon genre, Madame Nadine Morano, a demandé au « jeune musulman » de ne pas mettre sa « casquette à l’envers » et de ne pas parler « le verlan ».
 Si la casquette à l’envers est une habitude des jeunes Américains et des jeunes Cubains, et de bien d’autres jeunes ou moins jeunes du monde entier, elle ne s’impose pas à la vue des habitants ou des passants des banlieues parisiennes ou lyonnaises, n’en déplaise à Madame Morano. Ce n’est pas très grave.
 Ce qui me semble une bien mauvaise querelle, c’est celle concernant le « verlan », ce langage codé inversant de façon savante, presqu’académique les mots ou les syllabes, et qui s’est incrusté dans les banlieues, certes, mais pas seulement. C’est plutôt un langage moderne que se sont appropriés les banlieues.
 Ecoutons Alain Decaux, historien et ancien ministre, en tout cas académicien de renom s’il en est, tel qu’il s’exprimait le 16 octobre 2001 lors de la « cérémonie de rentrée » des cinq académies. « Ce que nous imposera le XXIè siècle, c’est l’intégration de verbes, de substantifs et d’adjectifs nés du nouvel argot : le verlan. Ainsi trouve-t-on déjà, dans Le Petit Robert comme le Petit Larousse, le mot « ripou », verlan de pourri (…) En lui accordant le x au pluriel, les producteurs (du film « Les ripoux », note de l’auteur) l’ont introduit dans l’inoubliable série : bijou, chou, genou.  » (…) L’argot d’aujourd’hui, véhiculé par la toute-puissance des medias, s’impose bien au-delà des banlieues et l’attraction qu’il exerce sur les milieux scolaires de toutes classes sociales, ne fera que confirmer, au XXIè siècle, la force grandissante du langage parlé. Il sera vain de vouloir le combattre car le langage parlé est celui qui, depuis les origines, a précédé le langage écrit ».
 Je laisse crédit à Mme Morano de n’avoir pas voulu s’inscrire dans une telle problématique, et d’avoir eu à l’esprit, certainement, d’aider ces musulmans (pour quoi « musulmans », en quoi la religion a-t-elle à voir avec tout cela) à combattre cette « caricature, cette stigmatisation » dont ils seraient l’objet en parlant verlan. Bref, là où M. Decaux voit un apport, une richesse, Mme Morano décèle un danger. Peut-être de bonne foi. Mais de mauvais conseil, de mauvaise culture. La vraie question est : Pourquoi le verlan, sous ses différentes formes, et qui n’empêche nullement, en cas de besoin nombre de ses locuteurs de s’exprimer en un français fort classique, est-il stigmatisé ? 
 Déjà, le roman de Tristan et Iseult, en 1190, s’amusait à inverser les noms. L’amant était parfois appelé Tantris. Comme le souligne la linguiste Nadia Bouhadid, de l’Université Mentouri de Constantine, « au XVIè siècle, l’écrivain le plus classique des français, Voltaire, a également eu recours à ce procédé : son pseudonyme Voltaire est la forme verlanisée d’Airvault, ville dont est originaire sa famille ». En 1690, le Dictionnaire universel de Furetière souligne : « On dit, c’est verjus ou jus vert pour dire : c’est la même chose ».
 Le verlan serait apparu, comme langage dans une lettre de bagnard surnommé « La Hyène », en 1842. ll s’y trouve beaucoup de mots de langage carcéral notamment inversés, comme « jobard » ou « barjot ». La même année sont publiés « Les mystères de Paris » d’Eugène Süe, qui met en scène des gens sans doute misérables, mais sachant à merveille composer avec les mots.
 Mais c’est Auguste Le Breton qui donne ses lettres de noblesse, « vers 1940-1941 », assure-t-il dans Le Monde du 8-9 décembre 1985 à ce langage nouveau. En 1975 le verlan, remplace « officiellement » ce qui fut longtemps appelé « versl’en », ou « verlen ». Dans son dictionnaire : « L’argot chez les vrais de vrais », Le Breton assure : « L’argot, lui, vivra toujours, puisqu’il est le langage des rues. Des mots disparaissent et d’autres naissent sans qu’on sache bien d’où ils sortent. Parfois, il suffit d’une réplique d’un titi d’un camelot, d’un ouvrier pour enrichir la langue. Parfois, un mot de fille ou de soldat fait mouche et est aussitôt adopté ».
 Dans les quartiers et les banlieues chic, le verlan fut, dans les années 60, un jeu de construction, une distraction. C’est sans doute là, peut-être à Neuilly, que fut inventée « meuf ». Dans les cités, ce parler l’emporte désormais sur le français « académique », sans doute parce que les jeunes Beurs (Arabes en verlan, qui a donné Rebeu, verlan de Beur….) s’accommodaient mieux d’un langage à eux, eux qui étaien discriminés et dans leur terre d’accueil ;et dans leur terre de naissance -ou celle de leurs ancêtres. Cela peu à peu devient un fait de société. « Depuis la fin des années 80, le verlan a été porté à l’attention du grand public lorsque les deux de l’actualité se sont tournés vers les banlieues chaudes et les observateurs de la jeunesse ont constaté qu’il y avait une langue et une culture propres aux cités déhséritées. Cette langue et cette culture se sont diffusées parmi les franges les moins intégrées de la jeunesse parisienne, et même plus loin jusqu’aux grands lycées et aux universités », affirme l’écrivain Rania Adel Hassan Ahmed.
 Lorsque Renaud chante « Laisse béton », en 1976, il s’adresse à tous les jeunes, à tout le monde. Il est compris de chacun. Fait-il du verlan ? Je n’en suis pas sûr, au sens où l’entend Madame Morano.
 
 Au fil des ans, le vocabulaire s’est enrichi, de façon inattendu, les « keufs » (flics), ou « kiffer » (aimer, qui viendrait de l’arabe). Ne disait-on pas « bled » ou « toubib », ou encore « gnole » dès les années 1920 ? Tous ces mots, comme ceux du verlan, ont cours dans les banlieues, Sarcelles, Garges-lès-Gonesse ou d’autres. Dans ces grandes et belles villes, on parle peu d’argent, mais de « thune ». Sait-on que ce mot existe depuis 1620, qu’il signifiait au départ « aumône », et provient du mot « Tunis », sait-on, Madame Morano sait-elle que Victor Hugo l’utilisait dans Notre-Dame de Paris ? 
 
 Une langue n’est pas figée. La langue française, qui unit le gaulois (langue celtique), le latin, le grec, le germain, l’anglais, l’arabe, le perse et tant et tant d’autres langues s’épanouit chaque jour de nouveaux apports.
 
 Et le verlan existe bien ailleurs qu’en France. En Argentine, en Suisse. Le pachtoune, parlé par une majorité d’Afghans est une sorte de verlan du dari, parlé par la minorité….
 
 Une société n’est jamais menacée par son langage populaire, par son argot et par son verlan.
*Jean-Michel Cadiot est un de mes amis du MoDem, journaliste et écrivain. Il prépare actuellement un ouvrage sur les chrétiens d’Orient et a  publié notamment les ouvrages suivants :

  • Quand l’Irak entra en guerre (L’Harmattan, 1989)  
  • Mitterrand et les communistes (Ramsay,1995)
  • Francisque Gay et les démocrates d’inspiration chrétienne (comprenant notamment une histoire du Sillon de Marc Sangnier, Salvator, 2006)
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La vision géopolitique de François Bayrou : le syndrome de Copenhague

Hier, François Bayrou s’est exprimé sur RFI-TV5 Monde, occasion pour lui de donner sa vision du sommet de Copenhague et plus encore, sa vision géopolitique du monde. 

 

Curieusement, l’AFP a semble-t-il retenu essentiellement trois points de cette interview : l’expulsion des Afghans qui n’honore pas la France, ses réserves sur l’intérêt d’une loi contre le voile intégral (ne voulant pas stigmatiser une tenue assimilée à une religion mais plutôt rappeler que notre société a le principe du « visage découvert ») et enfin sa qualification de « caricatural » concernant le débat sur l’identité nationale, estimant qu’il cherchait à « exploiter un certain nombre de peurs de l’opinion publique » (même si le sujet n’est pas sans intérêt, notamment débattre des valeurs de la république de liberté, égalité, fraternité, sans oublier la laïcité, ainsi que de la définition de la « Nation »).

 

Cependant, il s’est aussi exprimé d’une manière très profonde et avec une grande vision du monde, au sujet du sommet de Copenhague et je regrette vivement que ces points n’aient pas été plus commentés, car j’aurais attendu de tous les autres hommes politiques impliqués, notamment lors de la préparation du sommet, une telle vision.

 

Copenhague a été un petit pas positif dans la mesure où le monde reconnaît officiellement la participation des activités humaines au réchauffement climatique et l’affirmation des intentions de tous les pays de faire un effort, de contenir la hausse de température à 2°C.

Cependant, ce sommet a surtout été un tapage médiatique, une « mise en scène », affichant de bonnes intentions et révélant aussi une grande confusion, où certains se sont mis en avant avec un affichage de bonnes intentions, pour un effet très décevant, sans engagements contraignants pour les pays industrialisés et sans garanties de ces mêmes pays à l’égard des pays les plus pauvres qui subissent en première ligne le réchauffement climatique (alors que les accords du Millénaire qui les engageaient à octroyer 0,7% du PIB aux pays pauvres n’est même pas respecté), sans système fiable de mesure des efforts entrepris. Les ONG ont été laissées de côté, ignorées, et l’Europe paraît marginalisée, absente dans la dernière ligne droite des négociations, incapable de s’exprimer d’une seule voix pour peser et donc changer le cours des choses.

 

Face à ce constat, François Bayrou a très justement rappelé que d’autres fléaux tout aussi importants devraient être traités aussi au niveau mondial, comme l’accès à l’eau, la faim, les autres types de pollution et notamment les déchets, les migrations humaines, l’accès à la santé et aux médicaments.

 

Il a aussi fait part d’une vision relative des émissions CO2/habitant, qui sont de 21 t pour les Etats-Unis, 6 pour la France, 4 pour la Chine et inférieure à 1 pour les pays d’Afrique. Même si, en valeur absolue des émissions, la Chine a finalement dépassé les Etats-Unis plus tôt que prévu,  ses émissions restent encore deux fois moindres par habitant que celles d’un Français moyen et 7 fois moins importantes qu’un américain moyen ! Remarquons que les Etats-Unis et l’Europe totalisent à eux seuls près de 60% des émissions contre moins de 8% pour la Chine. Les négociations préalables auraient dû tenir compte de ces chiffres dans les objectifs à cibler. Il était évident qu’un objectif de réduction de 20% sur des chiffres exprimés en valeur absolue appliquée à tous pays qui ne partent pas du même niveau de développement paraît injuste et trop difficile à atteindre pour les pays émergents. Il faut aussi planifier progressivement dans le temps et de manière réaliste l’atteinte des cibles visées.

 

Par ailleurs François Bayrou a aussi dit des choses très intéressantes sur sa vision géopolitique de la gouvernance mondiale, qu’il serait préférable d’organiser par pôles régionaux qui parlent chacun d’une seule voix dans un monde devenu multipolaire (Amérique latine, Afrique, Pays d’Asie du Sud Est, Europe, face à la Chine et aux Etats-Unis) plutôt que celle de la domination du monde par les plus fortes puissances économiques de certains pays.

 

Il a raison et cela sonne comme une évidence. Une représentation plus équilibrée et ainsi plus concentrée au travers de pôles régionaux dans les ONG, l’ONU, la Banque Mondiale, l’OMC, le FMI, le BIT etc. (impossible de négocier ainsi à 130 pays !) et la vision transversale des problèmes inter-ONG (prise en compte de normes environnementale, éthique et sociale dans les négociations de l’OMC par exemple) permettraient de mieux conduire ces sujets mondiaux.

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Appel des bloggeurs démocrates pour la citoyenneté

Nous, bloggeurs militants, acteurs de la vie de la cité, nous réjouissons que de nouveaux espaces de débats d’opinion et de constructions des choix collectifs fassent évoluer la démocratie.

Néanmoins nous clamons que l’acte démocratique garant de nos libertés, de nos valeurs républicaines, de notre modèle de société et de l’égalité de tous devant les choix qui s’offrent à nous reste LE VOTE !

 

731583846.2.JPGAinsi, 2010 sera une année où nous devrons à nouveau nous exprimer pour choisir dans chaque région les projets et les équipes qui auront à répondre aux enjeux de mobilité et de transports, d’éducation et de jeunesse, de formation professionnelle, de logement, d’aménagement durable et de développement économique.

 

Nous appelons aujourd’hui tous nos concitoyens qui ne l’auraient pas encore fait à s’inscrire sur les listes électorales avant le 31 Décembre 2009, pour être acteurs et décideurs de l’avenir de nos régions les 14 et 21 mars prochains. Agir pour ne pas subir!

 

S’inscrire sur les listes électorales, c’est simple, ça ne prend pas plus de cinq minutes et ça peut tout changer. Il suffit de se rendre au service élection de votre mairie, de vous munir d’une pièce d’identité et d’un justificatif de domicile : http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F1367.xhtml

 

Pour relayer au mieux cet appel nous incitons nos lecteurs à transmettre largement ce billet autour d’eux et à arborer fièrement l’avatar 1344876050.jpgcitoyen sur leurs profils sociaux ou leurs blogs.

 

 

Contact « Les bloggeurs démocrates » : bloggeursdemocrates@gmail.com

Le groupe Facebook est http://www.facebook.com/group.php?gid=235477168335

 

 

Liste des bloggeurs signataires de cet appel :

 


Ataraxosphère http://ataraxosphere.canalblog.com/

Fred Badina http://fredbadina.hautetfort.com/

Erwan Balanant http://www.imagespolitiques.net/

Cyril Bègue http://cyril.over-blog.fr/

Françoise Boulanger http://lecanardalorangedeslandes.over-blog.com/

Pierre Braun http://www.pierrebraun.fr/

Sylvain Canet http://www.sylvaincanet.fr/

Christelle Carcone http://oreadecentriste.blog.20minutes.fr

Patricia Gallerneau http://modempornichet.over-blog.net/

Générations Engagées http://www.generationsengagees.fr/

Christophe Grébert http://www.monputeaux.com/

Paul Guermonprez http://guermonprez.eu/paul/blog/

David Guillerm http://singulierdemocrate.over-blog.fr/

Marie-Anne Kraft http://www.mediapart.fr/club/blog/Marie-Anne%20Kraft http://mariannerepublique.hautetfort.com/

Matthieu Lamarre http://matthieulamarre.lesdemocrates.fr/

Céline Letemplé http://debout.lesdemocrates.fr/

Isabelle Loirat http://isabelleloirat.over-blog.fr/

Antonin Moulart http://connexion-democrate.com

MIP http://marie-isabelle.hautetfort.com/

Chantal Portuese http://modemvarois.over-blog.com/

BGR http://www.humanidem.fr/

Smael Sebti http://www.sebti.fr/
Nicolas Vinci http://nicolasvincionline.blog.lemonde.fr/

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Le MoDem présente son projet humaniste dans un « petit livre orange »

Week-end « arrassant » mais constructif et chaleureux. Les adhérents du Mouvement Démocrate, réunis en congrès à Arras (ville magnifique, je confirme de surcroît que les Ch’tis sont très sympathiques), ont discuté et validé le « projet humaniste », imprimé dans la nuit du samedi au dimanche sous forme d’un « petit livre orange« . Résultat des contributions conjointes des commissions de travail, auxquelles ont participé pendant plusieurs mois plus de 2000 militants et experts ou professionnels de la vie civile, dont Robert Rochefort a assuré la coordination et la synthèse.

 

J’invite tous ceux qui disaient que le MoDem n’a pas de projet, que François Bayrou n’est que dans la critique et l’anti-sarkozysme sans faire de propositions, et tous ceux qui souhaitent une alternance au gouvernement actuel, qui appellent de leurs voeux un nouveau projet de société plus humain, plus social, plus soutenable, à lire ce document.

J’invite tous ceux qui prétendent que le fonctionnement du MoDem n’est pas assez démocratique et que François Bayrou est autocratique à être témoins de cet événement de démocratie participative de l’élaboration d’un tel projet avec l’implication de tous les adhérents qui le souhaitaient, non seulement des membres des commissions mais aussi de tous les adhérents qui ont souhaité contribué, amendé, validé.

J’invite tous ceux qui médisent sur les prétendues divisions au MoDem à interroger les personnes présentes à ce congrès, les journalistes notamment, qui ont pris la température, senti l’ambiance chaleureuse et unie qui y régnait. Certes il y a eu quelques questions de militants de CAP21, parti co-fondateur du MoDem, qui souhaitaient des places réservées, des quotas de type discrimination positive, ce qui n’est pas envisagé car ils sont MoDem comme les autres tous simplement, ou qui essayaient de justifier des alliances de 1er tour aux régionales avec les Verts alors que les adhérents du MoDem ont voté une stratégie d’autonomie de 1er tour pour bien marquer le pluralisme, notre propre sensibilité, quitte à envisager ensuite un rassemblement de 2nd tour. Mais sans conflit. Certes, Corinne Lepage, venue le samedi lors des travaux de validation, n’est pas intervenue, a boycotté la tribune le dimanche pour le discours de clôture et a dit quelques médisances à la presse et aux médias télévisés, mais elle est de plus en plus marginalisée dans cette posture, que les militants désapprouvent dans leur majorité.

J’invite les  sociaux-démocrates et écologistes, ainsi que les sensibilités de la droite sociale et républicaine, sans esprit de clan, sans sectarisme partisan, à commencer par les valeurs qui sous-tendent ce projet, puis par thème à évaluer les convergences, nuances, manques ou divergences qu’ils y trouvent comparées à leurs valeurs et à leurs idées. Sachant que ces 50 pages donnent les grandes lignes du projet global de société et non pas les détails. Ce n’est pas non plus le programme de la région, mais cela peut servir maintenant de cadre pour élaborer un projet régional et décliner les spécificités régionales. Ce qui suivra très prochainement.  Pour qu’enfin nous discutions tous sur le fond, sur le projet, pour envisager les rassemblements dans une logique de 2nd tour, alors que le 1er tour lui, sert d’abord à chaque parti, chaque sensibilité politique, à exprimer son propre projet, une équipe, et à mesurer les voix des électeurs pour permettre d’éventuels rassemblements de listes sur un projet convergent tenant compte des résultats du 1er tour. Que ce soit pour les régionales ou les présidentielles.

Je suis émue car il y a un peu de moi dans ce document, et de mes amis, des heures de travail, de discussion. Ayant beaucoup contribué sur les sujets économiques, financiers, européens et internationaux notamment, chaque phrase résonne et m’évoque des visages, des sourires, des tonnes de documents, des hésitations ponctuelles, des désaccords parfois et finalement des consensus.

Malheureusement peu d’articles de presse ont décrit le contenu du projet, car les médias ont préféré parler de l’invitation surprise de Ségolène Royal avec sa proposition d’alliance de 1er tour aux régionales, confisquant le sujet de fond. Seuls quelques journaux ont effleuré le sujet, comme Le Monde ou encore la Voix du Nord . Ce programme repose sur la justice et l’équilibre des pouvoirs. Il met en exergue des propositions en matière de justice économique, sociale, politique et écologique.

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Sans résumer ce livre, dont je préfère vous laisser la primeur, je voudrais revenir sur ce mot, Humanisme, et sur ce qu’il signifie. Comme l’a dit François Bayrou dans son discours de clôture, les mots en « isme » résument en une syllabe une pensée, un modèle. Comme « capitalisme », qui représente un système basé sur le marché et le profit, ou encore « socialisme » et « étatisme », basés sur le rôle central de l’Etat, et maintenant l’écologisme politique qui préfère mettre la nature au centre et rime souvent avec catastrophisme.

L’humanisme est un modèle de civilisation, désignant l’organisation sociale qui doit être au service de la personne, de l’humain. C’est même certainement là que seront les points de convergence, de rencontre, de valeurs, de ceux qui souhaitent conjuguer leurs efforts pour changer le pays, pour redonner espoir et proposer une alternance face à des forces du pouvoir qui jamais n’ont été si concentrées, si puissantes, jamais n’ont tant porté atteintes depuis la 2nde guerre mondiale à l’égalité, à la justice, aux libertés.

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L’altruisme intéressé est-il un humanisme ?

Samedi 28 novembre 2009 s’est tenue une journée de débats, organisée par les Gracques, Think-Tank progressiste de centre-gauche, sur le thème « Quel nouveau contrat social dans le monde et la France de l’après-crise ? ». Différentes personnalités, philosophes, économistes, diplomates, écrivains,… ainsi que des personnalités politiques comme Manuel Valls, Anne Hidalgo, Marielle de Sarnez ou Jean-Vincent Placé, ont participé à des tables rondes devant un public attentif, pour marquer une pause de réflexion, tirer des enseignements des causes et des symptômes des crises économiques et financières qui ont ébranlé la stabilité du monde.

 

Jacques Attali a conclu la journée. Sa vision du monde est plutôt pessimiste. Il déplore l’inefficacité du « G vain », des annonces surtout médiatiques au niveau international, comme national et européen, qui ne s’attaquent pas réellement à la racine des problèmes, aux causes des dysfonctionnements, que ce soit sur le sujet du réchauffement climatique et de la protection de la planète avec les difficultés annoncées du sommet de Copenhague, ou sur la régulation internationale des banques et des marchés (on aurait dû séparer les banques de dépôts et les banques de marché notamment), les paradis fiscaux, les rémunérations des traders, l’excès des dettes publiques qui reporte à demain et sur les générations futures les problèmes financiers d’aujourd’hui, …

 

Jacques Attali confirme que nous trouvons bien à un tournant de civilisation, à un moment où nous pressentons les risques de disparition de cette civilisation, comme d’autres avant la nôtre en d’autres temps. Seul un changement de comportement peut nous sauver : l’altruisme, un sens de l’intérêt général plus fort que notre intérêt particulier, car ce dernier est mis en cause, si le premier n’est pas respecté. Selon lui, nous serions contraints à devenir altruistes par intérêt. Il disait déjà en 2007  dans un entretien pour Le Monde des religions :

«Je ne comprends pas le  sens du mot responsabilité, je préfère dire « altruisme intéressé ». Aujourd’hui, ce qu’on appelle la compassion et l’altruisme ne sont absolument pas de l’altruisme. On est intéressé à ce qu’il n’y ait pas de tsunami ou de maladies génétiques parce qu’on est soi même touriste et qu’on a des enfants, mais les problèmes au Darfour n’intéressent personne. L’altruisme intéressé est le point de passage entre la liberté et la fraternité. Je crois  que notre civilisation  ne survivra que si elle est capable de faire en sorte que chacun trouve son bonheur dans le bonheur des autres. »

Cette dernière phrase est très belle et très prophétique par sa gravité et la vérité qu’elle inspire. Cependant, on peut s’interroger sur ce type d’altruisme qui serait non pas « naturel », ressenti par compassion, par élan de fraternité, mais « intéressé », c’est-à-dire résultant d’un raisonnement, d’une relation donnant-donnant, procédant en fait d’un comportement individualiste et égoïste. La formule est en elle-même un oxymore, l’altruisme désignant l’amour désintéressé d’autrui (définition du Petit Larousse). C’est une disposition de caractère qui pousse à s’intéresser aux autres et se montrer généreux et désintéressé, se dévouer pour l’autre sans attendre en retour. Or, l’empathie, l’amour, la fraternité, ne se commandent pas, de peuvent être ressenties par conviction ou argumentation. Selon Blaise Pascal (cf Les Pensées), ces sentiments, de même que la foi, appartiennent au troisième ordre, distinct de l’ordre de la raison (« Le cœur a ses raisons que la raison de connaît pas »), distinct également de l’ordre du pouvoir et des corps. Pascal distingue en effet trois ordres différents dans son approche anthropologique de l’homme :

1-      l’ordre des corps, du pouvoir et de la chair,  où règnent la force et la concupiscence, l’amour du pouvoir et des richesses. Il procède de la représentation du réel, des plaisirs terrestres, du désir et de l’image ou de la représentation que l’on se fait de la force, de la puissance, de l’ascendant sur l’autre ;

2-      l’ordre de l’esprit ou de la raison, ou encore l’ordre de la science, où règnent la curiosité, la logique et les démonstrations ;

3-      l’ordre du cœur ou de la charité, qui est aussi celui de la foi, de la religion, où règne l’amour et la grâce. Il procède du mystère, de l’intuition, de la transcendance et se manifeste dans le « don de soi » pour se réaliser dans l’autre.

Ces trois ordres sont disjoints. Chaque ordre a sa logique interne, ses valeurs, son moteur, ses « concupiscences » comme le dit Pascal. L’erreur consiste à croire qu’on peut brouiller les ordres et vouloir faire reconnaître dans un ordre des valeurs ne pouvant l’être que dans un autre. Le principe de laïcité procède de cette séparation entre l’ordre de la foi, de la religion, et celui de la politique et du pouvoir, de l’Etat.

Pascal établit aussi une hiérarchie dans ces ordres : « Tous les corps, le firmament, les étoiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connaît tout cela, et soi ; et les corps, rien.
Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité. Cela est d’un ordre infiniment plus élevé. »

Cependant, cela ne l’a paradoxalement pas empêché de faire une magistrale démonstration, appelée « le pari de Pascal », visant à convaincre les athées de l’existence de Dieu « par intérêt » :

« Vous avez deux choses à perdre : le vrai et le bien, et deux choses à engager : votre raison et votre volonté, votre connaissance et votre béatitude; et votre nature a deux choses à fuir: l’erreur et la misère. Votre raison n’est pas plus blessée, en choisissant l’un que l’autre, puisqu’il faut nécessairement choisir. Voilà un point vidé. Mais votre béatitude ? Pesons le gain et la perte, en prenant choix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter. »

Pensées, Blaise Pascal (1670)

Le raisonnement de Jacques Attali me fait donc penser au pari de Pascal. Même si l’altruisme est rarement dans les comportements « naturels » des hommes dans notre société individualiste dont les valeurs sont plutôt matérialistes (relevant du premier ordre), notre conscience et notre responsabilité, par logique déductive (procédant du deuxième ordre), doivent nous convaincre d adopter une attitude altruiste, que ce soit à l’égard de la protection de l’environnement, dont la destruction nous nuit, à l’égard des générations futures (y compris pour l’endettement public abyssal) ou encore en termes de solidarité, de réduction des inégalités, qui peuvent devenir dangereuses, générer de la révolte, de la délinquance, de l’insécurité.

Rappelons d’ailleurs que Jacques Attali avait écrit une biographie de Pascal « Blaise Pascal ou le génie français », dont l’image figure en page d’accueil du site Internet de l’auteur.

 

S’il produit le même effet que l’altruisme naturel, l’altruisme intéressé n’est donc pas à rejeter. On peut même lancer la mode de l’altruisme et le souci de l’image que l’on donne de soi motivera peut-être les riches et puissants à être généreux et protecteurs des faibles (Bill Gates et Warren Buffett …). Le peuple, par mimétisme, cherchera aussi à se montrer altruiste et qui sait, à force de mimer l’altruisme, finira par se croire et par devenir vraiment altruiste …

Cependant, un altruisme sous contrainte, ou de raison, ou encore de mode, s’il est salutaire pour sauver la planète, inciter à faire décroître les inégalités et apporter la paix, il ne pourra pas réellement apporter le bonheur, que seul un altruisme naturel, réellement tourné vers l’autre, peut nous permettre d’atteindre. Mais pour y arriver, il faut entrer dans une autre dimension, celle du troisième ordre de Pascal !

 

L’organisation de la solidarité, de la redistribution par l’impôt et par des services publics, de la régulation, grâce à l’Etat médiateur, corrige et prévient des abus mais ne remplace pas le lien social, la relation humaine. Parfois, elle peut même distendre ce lien social et le lien entre générations : je m’acquitte de l’impôt et délègue à l’Etat le soin de le redistribuer aux plus démunis, je paye mes cotisations retraites et chômage et m’attends à recevoir en retour, de même que je peux m’affranchir de porter soin à mes aînés ou à mon voisin chômeur. Or retrouver le sens de la relation humaine, remettre l’homme au centre pour son épanouissement, son accomplissement dans la relation de moi à l’autre, de moi vers l’autre, est essentiel pour atteindre le bonheur, cet élan vital.

 

N’est-ce pas essentiellement cela, la différence entre le socialisme et l’humanisme ?

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Les Think tanks vont-ils concurrencer les partis politiques ?

Les « think tanks », terme barbare venu des Etats-Unis pour désigner des cercles de réflexion ou encore des laboratoires d’idées, des clubs, instituts ou fondations soi-disant « indépendants » (sous-entendu des partis politiques), sont devenus à la mode ces dernières années. Ils prolifèrent de plus en plus. Mais que font-ils ? A quoi servent-ils ? En quoi se différencient-ils des partis politiques et comment communiquent-ils avec ces derniers ?

Comme le remarquait le site Euractiv.fr en avril 2009,  le nombre de think tanks en Europe a plus que quadruplé au cours des dernières années (environ 1200 sur un total de 5000 dans le monde), et ils sont devenus plus actifs et inventifs dans la diffusion des solutions politiques auprès des décideurs. Mais ils risquent de se transformer en groupes de pression, étant confrontés à des questions de financement, d’autonomie et d’innovation. »

Certains think tanks sont spécialisés, regroupant des experts dans un domaine (relations internationales, justice, construction européenne, économie, sport, éducation, écologie, …) et d’autres sont plus généralistes. Sans être étiqueté politiquement, c’est-à-dire sans soutenir officiellement un parti, ils peuvent néanmoins afficher une couleur ou une tendance politique, en faisant la promotion d’idéaux et de politiques publiques. Par exemple Les Gracques, ou  Terra-Nova  (comprend notamment les principaux fondateurs des Gracques), créé en 2008, qui a pour objectif de contribuer à refonder « la matrice idéologique » de la gauche progressiste et de formuler des propositions concrètes au profit des leaders politiques. Plus récemment, Jean-François Kahn a lancé un club de réflexion « le Créa » (Centre de réflexion et de recherche pour l’élaboration d’alternatives), visant à réfléchir à une alternative politique tournée vers l’avenir, pour élaborer une proposition de modèle de société. De son côté, Corinne Lepage vient d’annoncer également le lancement d’un nouveau « club citoyen », Terre Démocrate, qui se prétend indépendant de tout parti politique, constitué pour deux tiers de membres de la société civile, et dont l’objectif est de « proposer des actions concrètes, sur la base de l’observation des bonnes pratiques dans la société française, en partant de ce qui fonctionne dans la société pour en évaluer la pertinence ». 

Jean-François Kahn et Corinne Lepage appartiennent tous deux du Mouvement Démocrate, qui est un parti politique. Corinne Lepage est également fondatrice et présidente de Cap21, un parti écologiste lui-même fondateur du Mouvement Démocrate, qui paraît aujourd’hui déchiré entre le choix de rejoindre les autres partis écologistes en prônant un regroupement et celui de rester une force préservant une certaine autonomie au sein du MoDem. Or, ils font tous deux le constat suivant : « les partis politiques traditionnels ne permettent pas de changer la société. Leurs structures, leurs modes de gouvernance, leur organisation, leurs luttes de pouvoir ainsi que leurs méthodes de travail ne favorisent pas l’écriture et l’émergence d’un projet de société qui soit véritablement nouveau. »

On peut se demander pourquoi, partant d’un même constat et membre d’un même parti, ils n’ont pas d’ailleurs créé ensemble un club commun … Divergent-ils sur des idées ou des valeurs ? On peut aussi de demander pourquoi ils arriveront mieux à favoriser l’émergence d’un projet de société qu’au sein de leur parti. Que je sache, le MoDem ne les a jamais empêché de s’exprimer bien au contraire. Ils ont contribué à son programme, Corinne Lepage était présidente des commissions de travail du MoDem et donc directement responsable de l’élaboration du projet, ils l’ont aussi défendu comme candidats. On peut également s’interroger sur la capacité d’un mouvement, qui se dit en marge des partis politiques, de mieux changer la société. Est-ce que le fait de nourrir une réflexion au sein d’un parti dissuaderait, voire dégoûterait les experts de la vie civile, comme si dialoguer avec un parti risquait d’entacher les relations avec des personnes qui ne seraient pas de ce parti, comme si c’était une marque de sectarisme ?

Pourtant, si un club de réflexion peut se targuer d’être un réservoir d’idées, dans lequel les partis sont libres de puiser, sans avoir l’inconvénient de prétendre à des postes d’élus, donc s’affranchissant des contraintes liées aux luttes fratricides de pouvoir, ainsi que des éventuelles tentations démagogiques visant à séduire un électorat, un club n’a aucun moyen d’action directe pour changer la société. Il ne peut qu’exercer un pouvoir d’influence, de lobbying. Alors que le propre d’un parti est non seulement de présenter une offre idéologique, de défendre des valeurs prioritaires, de privilégier des moyens d’actions (la régulation par l’Etat, la redistribution par la fiscalité, la stimulation par la liberté d’entreprise et de marché et la concurrence, …), mais aussi d’occuper des postes de décision, aussi bien à l’échelon local que national ou européen. C’est ainsi que fonctionne notre démocratie.

Or force est de constater que ces derniers temps les partis politiques sont critiqués par leur attitude partisane, leur manque d’idéaux, d’imagination, de projet de société. Il est presque mal vu d’appartenir à un parti politique et il vaut mieux le taire dans le milieu professionnel, car il peut être source de discorde, comme peut l’être la religion. Une forme de  « laïcité politique » est en vogue : défendre des idées, oui, mais pas un parti, ou à tout le moins taire son appartenance à un parti, ce qui permet de pouvoir dialoguer avec d’autres personnes qui peuvent appartenir à d’autres partis. En somme, pour permettre un dialogue entre partis politiques, il faut passer par des structures médiatrices apolitiques, qui seraient ces fameux think tanks.

Au départ, ces clubs sont présentés comme des réservoirs d’idées qui peuvent nourrir les partis politiques (approche top-down comme disent les Anglo-saxons), qui eux-mêmes auront éventuellement des offres concurrentes dans les urnes, même si certaines idées sont communes.

Au final, nous sommes dans un contexte politique où les lignes sont en train de bouger et où tout le monde s’observe. Il y a clairement une demande d’un nouveau projet de société et une nécessité de rassemblement. Il y a aussi des points idéologiques de convergence évidents entre les écologistes, les démocrates et les socialistes, en opposition avec un modèle dominant écrasant imposé par Nicolas Sarkozy. Il serait temps que ces forces politiques dialoguent en public pour faire part de leurs convergences et différences, devant tous les français, comme l’a proposé François Bayrou. Pour le faire, il ne paraît pas nécessaire de se regrouper absolument au sein de « clubs » ou de « think tanks ». Si ces forces politiques se rassemblent au sein de cercles de réflexion pour concrétiser au sein d’un club leurs idées convergentes (approche plutôt bottom-up cette fois selon les Anglo-saxons), comment traduiront-ils ensuite cette convergence publiquement sur la scène politique et dans les urnes, s’ils prétendent être apolitique ?

J’apprécie beaucoup à la fois les personnalités de Jean-François Kahn et de Corinne Lepage, ainsi que les idées qu’ils défendent. Ce que je n’apprécie guère, c’est la manière dont ils ont étalé publiquement dans la presse des critiques à l’égard du MoDem et des partis politiques, résumant ces derniers à des organisations partisanes au service de l’ambition d’un homme et incapables de proposer un projet de société. Ils contribuent ainsi à donner une idée dégradée de la politique, à en détourner les citoyens et à accréditer l’idée que les politiques sont tous cyniques, que la politique est à jeter aux chiens. Or la politique, c’est aussi des hommes et des femmes qui défendent un idéal et sacrifient beaucoup de leur vie privée, qui subissent avec courage et pugnacité défaites, trahisons, abandons, pour, parfois, arriver à faire gagner leur cause. François Bayrou fait parti de ceux-là, Ségolène Royal également. Nous sommes encore de nombreux militants qui soutenons un homme ou une femme politique et en même temps un idéal incarné par cette personne, sans résumer pour autant notre parti à une organisation au service d’une ambition personnelle. Un parti politique, c’est aussi une forme de fidélité, de solidarité, où on se serre les coudes devant les difficultés. Lorsqu’on a un désaccord de fond, on l’exprime d’abord en interne plutôt que publiquement, on essaie de le résoudre et on contribue positivement pour améliorer la situation. Quand cela ne marche pas, il est légitime d’en tirer des conséquences et de quitter le parti pour en rejoindre ou en créer un autre. Corinne Lepage avait critiqué le fonctionnement interne du MoDem et avait appelé le débat avec les adhérents de ses vœux. Le jour de ce débat, aux universités d’été du MoDem, le vendredi 4 septembre 2009 au soir, « parole aux adhérents », elle a déserté la tribune, décevant beaucoup de militants qui souhaitaient ce débat. De même, elle souhaitait peser sur la stratégie électorale pour les régionales et l’élaboration du programme, sur lesquels avait lieu un vote du Conseil national le 24 octobre 2009, et elle n’y est pas venue. Que faut-il en déduire ?

En conclusion :

         Les think tanks sont utiles mais ne pourront pas remplacer les partis politiques.

         Le dialogue public entre partis politiques est nécessaire et salutaire. Il manque aux Français (quelle nostalgie des débats télévisés, des joutes oratoires des années 1970 et 1980 !). Il peut être favorisé par les think-tanks, lieux de dialogue où peuvent s’exprimer sur des thèmes communs des personnes issues de la vie civile et de différents partis, mais comme ils ne peuvent pas s’exprimer au nom des partis, leur rôle s’arrête là.

         Un grand rassemblement de forces politiques concurrentes et ayant chacune leur sensibilité, mais convergeant sur l’essentiel autour d’un projet de société alternatif, est plus que jamais nécessaire. C’est plutôt à la presse, aux médias, d’organiser la médiation justement, le dialogue public auquel les Français ont droit et qu’ils souhaitent et pas seulement pour faire de beaux discours sur de belles idées, mais pour gagner ensemble des élections ! Et pitié, arrêtons les vaines querelles et les mesquineries politiciennes … Question de survie !

 

 

 

Ci-dessous la liste des principaux think-tanks :

 

Nom  

Domaine  

Orientation politique  

Pays  

Fondé en  

 

Fabian Society

généraliste

centre gauche

Royaume-Uni

1884

 

Action française

parti politique devenu think tank en 1947

royaliste

France

1898

 

Semaines sociales de France

généraliste

christianisme social

France

1904

 

Fondation Carnegie pour la Paix Internationale

relations internationales

 

États-Unis

1909

 

Brookings Institution

généraliste

centre

États-Unis

1916

 

Hoover Institution

généraliste

républicain

États-Unis

1919

 

Council on Foreign Relations

relations internationales

 

États-Unis

1921

 

American Enterprise Institute

généraliste

néo-conservateur

États-Unis

1943

 

RAND Corporation

généraliste

 

États-Unis

1945

 

AUEG – Alliance Université Entreprise de Grenoble

généraliste, innovation,relations internationales

 

France

1947

 

EGMONT

relations internationales

 

Belgique

1947

 

GRECE

généraliste

identitaire européiste

France

1969

 

Adam Smith Institute

économie

libéral

Royaume-Uni

1971

 

German Marshall Fund of the United States

relations transatlantiques

 

États-Unis

1972

 

Heritage Foundation

généraliste

conservateur

États-Unis

1973

 

Institut Fraser

généraliste

libéral

Canada

1974

 

Club de l’horloge

généraliste

libéral-nationaliste

France

1974

 

Institut de l’entreprise

économie

 

France

1975

 

Club des vigilants

généraliste

 

France

1999

 

Cato Institute

généraliste

libertarien

États-Unis

1977

 

IFRI

relations internationales

 

France

1979

 

Centre for European Policy Studies (CEPS)

construction européenne

 

Europe

1983

 

Institut Choiseul

relations internationales

 

France

1997

 

iFRAP

généraliste

libéral

France

1985

 

IRIS

relations internationales

 

France

1990

 

Institut Turgot

généraliste

libéral

France

1990

 

Confrontations Europe

construction européenne

centre gauche

France

1991

 

Fondation Robert Schuman

construction européenne

centre

France

1991

 

Fondation de service politique

généraliste

doctrine sociale de l’Église

France

1992

 

Notre Europe

construction européenne

 

Europe

1996

 

Fondation Concorde

généraliste

 

France

1997

 

PNAC

relations internationales

 

États-Unis

1997

 

Fondation Copernic

généraliste

gauche

France

1998

 

Avenir Suisse

généraliste

pragmatisme libéralisme

Suisse

1999

 

Institut Montaigne

généraliste

indépendant

France

2000

 

Institut de recherche et d’informations socioéconomique

économie, social

gauche

Canada

2000

 

Institut économique de Montréal

économie

libéral

Canada

2000

 

La République des idées

généraliste

social-libéral

France

2002

 

Institut Thomas More

généraliste

conservateur-libéral

Europe

2003

 

Fondation pour l’innovation politique

généraliste

centre droit

France

2004

 

Euroreflex

construction européenne

 

Europe

2005

 

Fondation Res Publica

république, mondialisation, dialogue des civilisations et des nations

républicain civique

France

2005

 

Bruegel

économie

 

Europe

2005

 

Fondation Prometheus

politique, économie, enjeux de la mondialisation

 

France

2005

 

Institut Amadeus

généraliste

indépendant

Maroc

2005

 

La Forge

généraliste

gauche

France

2007

 

Gauche Avenir

généraliste

gauche

France

2007

 

Égalité et réconciliation

généraliste

nationaliste de gauche

France

2007

 

Sport et Citoyenneté

sport

apolitique

France

2007

 

Terra Nova

généraliste

progressiste

France

2008

 

Institut pour la Justice

justice

 

France

2008

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Ce n’est pas Bayrou qui a changé, c’est la droite et la gauche !

L’offre publique de dialogue faite par François Bayrou et Marielle de Sarnez à toutes les forces politiques démocrates et progressistes, notamment socialistes et écologistes, qui souhaitent une alternance à la politique actuelle du gouvernement, suscite diverses réactions, positives et chaleureuses pour les uns, embarrassées pour les autres, moqueuses des habituels porte-parole et porte-flingue de la majorité gouvernementale. Elle fait bouger les lignes car elle incite à ouvrir de nouvelles portes, à dévoiler les cartes, à se remettre en question et enfin à parler des sujets de fond devant les Français.

1784141572.jpgCette proposition est interprétée par les différents médias comme un « glissement » à gauche, par certains comme un reniement d’une position passée d’une centre plus proche de la droite. Même Mediapart (article de Mathilde Mathieu) n’y a vu qu’une posture tactique politicienne, sans poser le problème de fond, en disant « Pour éviter qu’écologistes et socialistes fassent une OPA sur le Modem, sorti très affaibli des élections européennes, Bayrou leur a lancé une «offre publique de dialogue», dimanche 6 septembre, en clôture de l’université d’été du mouvement, organisée à La Grande-Motte. » Et pourtant la suite de l’article dit clairement qu’il explique que la nouvelle ligne de partage politique est à présent d’un côté à droite avec Nicolas Sarkozy celle de «l’idéologie des inégalités», (…) ceux qui se résignent à voir ce régime, (…) avec ses injustices sociales et démocratiques, durer pendant 10 ans et corroder ce qui fait la France»; de l’autre, «ceux qui veulent une alternance», ensemble qui s’élargit  à « la gauche », aux Ecologistes et au MoDem. Rien de plus clair sur le fond.

 

1431263936.JPGOr, la vérité est que François Bayrou, Marielle de Sarnez et autres cadres et militants du Mouvement Démocrates, qu’ils soient anciens de l’UDF ou nouveaux du MoDem, n’ont pas changé pour l’essentiel de valeurs, de fondamentaux. Ils ont fait valoir de nouvelles priorités face à l’urgence climatique et face aux injustices croissantes, mais restent bien sur l’idéal démocratique, républicain, alliant la liberté d’expression, de création, d’entreprise, une liberté de marché (sous condition de régulation !) et la solidarité, la protection des faibles, un socle de protection sociale et des services publics garantissant l’égalité des chances et l’octroi d’un service à tous et sur tout le territoire non forcément asservi à la rentabilité, notamment dans la santé et dans l’éducation.

 

En revanche, la droite a changé. Autrefois, la droite était  plus conservatrice en termes de valeurs, de morale, d’autorité, de valeur du mérite et du travail. Elle était surtout républicaine. De Gaulle était fervent gardien de ces valeurs républicaines, d’une éthique morale, de l’égalité des chances pour les Français. Le centre, avec Lecanuet et Giscard, ont porté aussi ces valeurs fondamentales. Avec Chirac, la droite était encore républicaine, mais plus teintée de « copains-coquins », de politique de clan, … Avec l’ère Sarkozy elle a connu une réelle rupture, un alignement au modèle anglo-saxon générateur d’inégalités croissantes, une politique au service des amis du président et des plus fortunés, une atteinte de plus en plus évidente à l’égalité des chances et aux valeurs républicaines, à la démocratie, avec une concentration de tous les pouvoirs, sans respect pour les règles les plus élémentaires de séparation des pouvoirs chères à Montesquieu et indispensables au bon fonctionnement de la démocratie, avec démantèlement progressif ou mise sous tutelle ou sous influence de tous les contre-pouvoirs dont la justice, les médias, et même le Parlement qui n’est plus qu’une chambre d’enregistrement des décisions du gouvernement,… Et la valeur centrale qui domine est l’argent, le culte du profit, la rentabilité au mépris des autres critères, dans une mondialisation où règne la loi du plus fort, où le faible n’est plus protégé, ou le riche devient toujours plus riche et bénéficie de plus en plus d’avantages fiscaux. Et l’emprise de l’Etat, chère à la gauche, est devenue l’apanage de la droite. Et ce qui est en train de s’installer en France, sournoisement et sans dire son nom, c’est un régime autoritaire, autocratique, inégalitaire, qui ne respecte plus les valeurs prônées par l’ancienne droite et le centre qui lui était autrefois allié. Oui, la droite a changé, ce n’est plus la même.

 

La gauche aussi a changé. Autrefois elle était socialiste ou communiste, idéologies basées sur l’égalité entre les hommes, mais égalité garantie par une économie administrée, où l’Etat est au centre de tout, collectiviste, liberticide. Elle a évolué d’abord vers des valeurs « libertaires » sur le plan des mœurs puis, avec la pérestroïka et la chute du mur de Berlin, le système collectiviste administré a été rejeté. Des pays se proclamant encore communistes comme la Chine ont adopté le capitalisme et n’ont gardé du communisme que la dictature du prolétariat. En France, les gouvernements socialistes ont dérégulé la finance, privatisé, facilité le développement de l’activité de marché des traders (à partir des années 1983), mis en place les stock-options (D.Strauss-Kahn), défiscalisé les investissements en œuvres d’art et les bonus (L.Fabius). Même si les tenants de la gauche se proclament plus sociaux et que le parti socialiste n’a pas changé de nom, pensant que le label « social », dans le mot « socialiste », serait la caution de cette idéologie. Le mot de « social-démocratie » a qualifié les modèles de société nordiques, qui présentent plus de redistribution sociale, moins d’inégalités de revenus. Sans le dire, une partie de la gauche, des socialistes, s’est finalement retrouvée dans les valeurs prônées par le centre. Oui la gauche a changé, ce n’est plus la même.

 

Alors regardons cette évolution en face et requalifions le repère euclidien droite-gauche, ou mieux encore, au lieu de droite-gauche, appelons les idéologies par leur nom. Encore que … les partis prennent des étiquettes convenables (Le parti néoconservateur de Bush était nommé le parti « républicain »). Revoyons tous ensemble la véritable ligne de clivage, qui doit nous servir de repère pour envisager une alternance. C’est bien celle du choix entre deux modèles de société. Tout en acceptant le pluralisme de mouvements qui représentent une diversité de vues, de préférences de moyen d’action, mais qui peuvent converger sur les valeurs et les priorités.

 

 

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement

… et les mots pour le dire viennent aisément.

(Nicolas Boileau, l’Art poétique, 1674)

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